La Folle de Chaillot

Extrait tiré de la Folle de Chaillot – Jean Giraudoux

Un de mes livres de chevet

« Tous les vivants ont de la chance, Fabrice…

Évidement, au réveil, ce n’est pas toujours gai.

En choisissant dans le coffret hindou vos cheveux du jour, en prenant votre dentier dans la seule coupe qui vous soit restée du service après le déménagement de la rue de la Bienfaisance, vous pouvez évidemment vous sentir un peu dépaysé en ce bas monde, surtout si vous venez de rêver que vous étiez petite fille et que vous alliez à âne cueillir des framboises.

Mais pour que vous vous sentiez appelée par la vie, il suffit que vous trouviez dans votre courrier une lettre avec le programme de la journée.

Vous l’écrivez vous-même la veille, c’est le plus raisonnable.

Voici mes consignes de ce matin : repriser les jupons avec du fil rouge, repasser les plumes d’autruche au petit fer, écrire la fameuse lettre en retard, la lettre à ma grand-mère… etc… etc…

Puis quand vous vous êtes lavé le visage à l’eau de roses, en le séchant, non pas à cette poudre de riz qui ne nourrit pas la peau, mais avec une croûte d’amidon pur, quand vous avez pour 1e contrôle mis tous vos bijoux, toutes vos broches, les boutons miniatures des favorites y compris, et les boucles d’oreilles persanes avec leurs pendentifs, bref quand votre toilette du petit déjeuner est faite, et que vous vous regardez non pas dans la glace, elle est fausse, mais dans le dessous du gong en cuivre qui a appartenu à l’amiral Courbet, alors, Fabrice, vous êtes parée, vous êtes forte, vous pouvez repartir… »

arton106

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